Thursday, March 12, 2015

[Essai] Vagabond de Hacker Model

Vagabond de Hacker Model 
« Très joueur et surtout addictif ! »



Introduction


Rendons à César ce qui est à César ! Le concept du planeur de VTPR (voltige très près du relief) en EPP a été inventé en France il y a une dizaine d'années avec le Minitoon. Puis le concept traverse l'atlantique pour devenir un bestseller aux USA dans une version plus élaborée sous le nom de "Le Fish" car son fuselage fait penser à celui d'un poisson. C'est début 2014 à Nuremberg que le Vagabond est présenté au public par Hacker Model. Mais il faudra attendre quelques mois avant que le kit soit réellement disponible sur le marché. Nous allons voir, avec l'essai que je vous propose, si cette attente en valait la chandelle !

Un kit très complet


Le Vagabond est le premier kit de planeur VTPR (Voltige Très près du relief, ce qui signifie «figures de voltige très près du sol») largement disponible commercialement.  Il est fabriqué en mousse EPP découpée au fil chaud puis décoré par imprimante. Il est disponible en 2 versions: non entoilée, ou recouvert d'un film transparent (ailes, stabs, dérive, pas le fuselage). Il utilise le profil SB96V (de 9,35% de l'épaisseur), adopte un stab monobloc à grand débattement pour un poids oscillant entre 500 et 600 gramme selon la version choisie. Certes, me direz-vous, nous nous trouvons toujours en présence d'un kit en EPP découpé au fil chaud, mais on atteint avec le Vagabond un degré de finition et d'avancement jamais vu sur ce type de kit. 
En ouvrant la boite peu encombrante on découvre tout d'abord les 2 ailes, longeron en pin posé à l'intrados, nervure d'emplanture posée, ailerons articulés et charnière ajourée par endroit afin de l'assouplir, logement de servos creusé. Le noyau est imprimé grâce à une technologie jet d'encre sur forme développable puis entoilé avec un film de lamination à chaud. Idem pour les stabs et la dérive. Le fuselage aux formes plus complexe et nécessitant sans aucun doute plusieurs étapes de découpe, voir ponçage de finition, est également livré décoré, mais non entoilé.  Une grande verrière en plastique noir mat protégée dans un plastique genre cellophane complète les principaux éléments du kit. On trouve ensuite un gabarit en carton pour la pose des gaines de commandes, des joncs carbones et commande de profondeur/direction, ainsi qu'une pochette d'accessoire pour l'accastillage avec quelques pièces plastique (extensions de bras de servos, rondelles de blocage, de la ficelle, etc. ...). J'ai remarqué que certaines pièces pour finaliser le montage des stabs sont imprimées en 3D, les petites rainures en surface trahissant le passage successif de la buse déposant le PLS ou l'ABS. Une notice tout en image, en Tchèque ou Anglais, accompagne le kit. Bref un kit complet et de qualité. Seul gros regret à la lecture rapide de la notice, le stab n'est pas démontable. En effet pour rester simple et pouvoir atteindre des angles de rotation important proche de 90° à piquer et à cabrer, la clé de stab est collée définitivement à demeure. Je vous proposerais une modification simple qui permet de rendre ce stab démontable, ce qui vous facilitera grandement la vie !


Un montage rapide …


La conception du kit est bien pensée et les opérations de montage restantes se font sans surprise. J'ai commencé par le fuselage. Ce dernier doit d'abord est rigidifié au moyen de jonc carbone, insérés dans l'EPP après avoir fait un trait de cutter, et collés à la cyano. Dans la foulée, on réalise à l'aide du gabarit livré dans le kit, deux saignées recevant les gaines plastiques des commandes de profondeur et direction. Attention de ne pas plier ou pincer la gaine plastique au moment de l'insérer dans l'EPP sous peine de créer des frottements et points de blocage qui vont rendre le neutre de la profondeur (surtout) plus aléatoire, d'où une moins bonne précision (précision du servos versus débattement énorme).
La platine radio en CTP découpée laser, est ensuite collé en place. Elle permet en outre de bien solidifier l'avant du fuselage et bien entendu faciliter une installation radio propre et fonctionnelle. Une nervure épaisse vient également se coller au centre du fuselage pour recevoir la clé d'aile en corde à piano et permettre le passage des fils de servos venants des ailes vers la platine radio, astucieux! 
Avant de s'attaquer à l'installation des servos, il convient de finir l'arrière du fuselage et la pose de la dérive, et du stab. Tout d'abord il faut assembler la partie centrale du stab qui est ensuite collée sur le fuselage. Ce collage doit être solide donc on ne lésine pas sur la cyano que l'on infiltre bien partout, y compris sur les doigts, le pantalon, les vêtements … saleté de cyano fluide ! On peut ensuite positionner et mettre en place la dérive et la coller, toujours à la cyano liquide. On pointe d'abord pour se donner un peu de marge, on vérifie la mise en croix et on infiltre la cyano autour du pied de dérive pour bien souder les pièces en EPP entre elles. 
Passons maintenant au stab démontable. La solution retenue n'est pas de moi, mais c'est un collègue qui montait son Vagabond en parallèle qui m'a soufflé la solution. Il suffit de fabriquer un fourreau de clé de stab à l'emplanture d'un des 2 demi stab. J'ai pour cela utilisé un petit bout de tube alu du diamètre adéquat.  La clé de stab en jonc carbone est collée à demeure sur l'un des stabs. Une fois collé on positionne les 2 demi stab montés à blanc (sans le fuselage) bien à plat sur le plan de travail et on perce un trou de 0,8mm ou 1mm de diamètre à travers le fourreau et le jonc carbone. Il suffit ensuite de réaliser une petite goupille en corde à piano   de diamètre correspondant, en forme de « L » qui vient bloquer le stab en translation et rotation. 2 petits morceaux de plaque époxy sont collés de part et d'autre du stab pour assurer une meilleure tenue  et guidage de la goupille. C'est simple et efficace à l'usage. Ce stab démontable nécessite également une modification sur la commande. J'ai soudé un embout fileté et utilisé une chape à boule pour rendre la commande démontable mais sans jeu. On peut dorénavant terminer les commandes côté gouvernes et s'attaquer à la pose des servos de profondeur et direction. Là, on ne fait pas l'impasse et on prend des servos pignons métal car la taille des gouvernes, y compris la direction nécessite des servos résistants. Dans mon cas, j'ai raclé les fonds de tiroirs et mis un servos de 13mm d'épaisseur pour la profondeur, probablement surdimensionné, j'en conviens. Le servos de direction était un servos pignons plastique de 9/12gr, rapidement remplacé par un équivalent pignon métal après avoir craché toutes ses dents ! Les bras de servos sont allongés afin d'augmenter le débattement de manière déraisonnable. Si vous ne possédez pas les palonniers adéquats, des pièces plastiques transparentes à coller/ligaturer avec la ficelle sur le palonnier sont fournies dans le kit.


Passons aux ailes : Le travail se limite à la pose des servos, des rallonges, des commandes et des guignols. Les logements servos sont déjà faits. Il faudra éventuellement les retailler au cutter en fonction du servos choisi. Un tunnel dans la mousse EPP débouche à l'emplanture et permet de passer la rallonge et sa prise (de type Futaba/Jr). Une fois la rallonge réalisée, le palonnier et son extension en place et le neutre du servos réglé, on positionne le servo puis on met 2 ou 3 points de colle cyano ou autre. Pour ceux qui ont des scrupules à « cyanoliter » directement le boitier du servos, un petit bout de gaine autour de la partie basse du servos le protégera de la colle. Coté gouverne, ou réalise une incision dans la mousse, puis on colle le guignol. La commande est une corde à piano de petit diamètre, en forme de Z coté gouverne et passant dans un domino monté sur le palonnier, ce qui permet d'ajuster le neutre avant de serrer le domino.
Les ailes étant terminées, on peut revenir sur l'avant du fuselage pour l'installation de la batterie de réception et du récepteur. Il y a énormément de place à l'avant du fuselage mais il ne sert à rien car le centrage s'obtient sans plomb avec une batterie de 800mAh. Une batterie de plus grande capacité sera malheureusement trop lourde. Par contre les adeptes des batteries LiPo trouveront probablement une solution, permettant une augmentation significative de  l'autonomie. Le récepteur se trouve derrière les servos, afin de réduire la longueur des fils de servos d'ailerons. 
Dernière petite opération, avec le collage des clips sur la verrière, à la cyano. Ils viennent de bloquer dans de petits morceaux de gaine collés sous la platine CTP, et traversant de part en part le fuselage. Pour finir, j'ai positionné la batterie afin d'avoir un centre de gravité à 100mm, valeur de centrage arrière indiquée par la notice. Le poids final en ordre de vol est de 620g.  Avant d'aller à la pente tester la bestiole, voici une vidéo prise à l'atelier montrant le débattement important de la profondeur: 


Direction la pente !

J'ai par anticipation programmé plusieurs modes de vol: Vol «normal» avec un débattement de profondeur plus raisonnable mais néanmoins toujours très réactive, une position de vol avec tout le débattement possible à la profondeur, mais cette fois-ci énormément d'exponentiel pour garder le Vagabond contrôlable autour du neutre et enfin une position thermique avec un peu de volet et peu de profondeur. Malgré ces précautions, le Vagabond a besoin d'un certain temps d'adaptation. Il reste un planeur extrêmement agile, sans inertie, et très neutre qui nécessite en permanence une certaine attention du pilote. 
Dans les petites conditions, le Vagabond s'en sort honorablement, mais ne permet pas de transiter loin et marque de manière claire les zones de portance et de déportance. La spirale se fait dans un mouchoir de poche mais il faut y aller doucement à la dérive car celle-ci est surpuissante. L'absence de dièdre n'aide pas à la tenue de la spirale. Si le thermique est puissant, la spirale se transforme alors en figure de voltige, on serre … on serre jusqu’à aller chercher le point de décrochage au bout de quelques tours, ce dernier restant gentil comme tout. 
A l'inverse j'ai fait volé le Vagabond dans du vent fort et turbulent. La structure du planeur se tord dans tous les sens, montrant les limites d'un planeur EPP, mais le planeur résiste et reste néanmoins contrôlable. C'est toutefois peu amusant, surtout qu'il n'y a aucun moyen de lester le planeur.
Non, les conditions de prédilections du Vagabond, c'est la petite brise, disons au-dessus de 5m/s, avec une pente, pas forcément haute, mais offrant une bonne inclinaison donc un zone de portance dynamique bien marquée. Dans ces conditions, on découvre un autre vagabond, addictif à souhait, permettant de toucher du bout des manches une autre dimension du vol et du pilotage. Les figures habituelles passent bien entendu les mains attachées dans le dos et les yeux bandés, mais le planeur permet d'envisager tout et n'importe quoi, les combinaisons les plus audacieuses, coulées ou déclenchées, avec ou sans altitude. La limite reste l'amplitude des figures qui reste modeste car le planeur ne fait pas preuve d'une inertie transcendante. Vol tranche, déclenchés, vrilles dos, tonneaux de toutes sortes. Même le flip passe mais je n'arrive qu'à en réaliser un à la fois, prenant un peu de vitesse, puis attaquant sagement un looping avant d'aller à fond de profondeur dans la montée. Le planeur bascule alors violemment mais dissipe beaucoup d'énergie, donc ne peut en enchainer un deuxième dans la foulée si l'on garde le manche en butée.


Bref vous l'aurez compris, le Vagabond est vraiment addictif au point d'arriver à vider la batterie de 800mAh à en faire sonner l'alarme de télémétrie. Les 4 servos et les grandes gouvernes, sollicitées en permanence finissent évidemment par consommer ! L'atterrissage est anecdotique, dans l'herbe, ou dans la main, en vol dos ou à plat ...
En ce qui concerne les performances en vol des 2 versions (entoilée à 620 g et non entoilée à un peu plus de 500g) nous n'avons remarqué de différence notoire, c'est donc pour cela que je recommande la version entoilée, gage d'une meilleure robustesse, donc d’une durée de vie plus longue du planeur.

En conclusion

Hacker Model a réussi avec le Vagabond à proposer un petit planeur en EPP qui ne nécessite qu'un temps de montage court, avec un look sympa et une belle finition. Le planeur possède bien les caractéristiques principales d'un planeur de VTPR, apportant beaucoup de plaisir et de joie à son pilote. Selon moi, le but est parfaitement atteint, même si certains «puristes» trouveront toujours quelques points négatifs. 
Pour finir, je vous propose deux vidéos du Vagabond faites cet été: La première a été filmée au col du Glandon dans un vent fort et turbulent (http://vimeo.com/99613949 ). La seconde a été filmée au col de Tende dans des conditions idéales (http://vimeo.com/101379892).

  •      Envergure 1510mm
  •      Longueur 975mm,
  •      poids ~ 620g (version entoilée)
  •      CG: 92 à 100 mm
  •      Fabricant: Hacker Model
  •      Prix: à partir de € 115


Entoilage au film de lamination à chaud, Kesako ?

Découvert par expérimentation par un modéliste américain, adepte des machines en mousse, le film de lamination à chaud est utilisé principalement dans la protection de panneaux publicitaires et dans la papeterie, détournement un petit peu de la même manière que l'entoilage au vinyle, il y a quelques années. Le film est transparent, très fin (entre 40 et 75 microns), et non thermo-rétractable. L’adhésif situé sur la surface en contact avec l'EPP est activé par la chaleur et appliqué par pression d'un fer à entoiler, température de chauffe élevée entre 130 et 150°. Outre une meilleure finition en surface, il apporte un gain réel en rigidité en flexion et torsion de l'aile entoilée ainsi. Autre avantage, il ne coute presque rien à l'achat !

J'ai aimé
Kit complet et bien pensé dans son ensemble
Réelles qualités en VTPR
Entoilage au film de lamination à chaud

J'ai moins aimé
Stab non démontable
Système de fixation de verrière peu pratique


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